PERTURBATEURS ENDOCRINIENS : LA VISION DU DR NATHALIE FERRAND

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CRISE SANITAIRE, SANTÉ ENVIRONNEMENTALE

Chacun de nous constate autour de lui l’augmentation des cas de cancers, et chez des gens de plus en plus jeunes. Pas une famille désormais qui ne soit épargnée. Autrefois, on disait du cancer : « c’est une maladie de personne âgée, c’est une dégénérescence de l’organisme parce qu’on vit de plus en plus vieux ».

Mais quand une jeune femme de 28 ans décède d’un cancer du sein diagnostiqué à 25, nul besoin d’avoir fait des études de médecine pour comprendre que quelque chose n’est pas normal.

Effectivement quelque chose n’est pas normal : notre environnement nous rend malade.

Le confort de notre vie moderne dépend d’une véritable soupe chimique : les aliments si peu chers, les vêtements si légers et si colorés, la vaisselle en plastique si pratique, les désherbants et engrais qui aident bien au jardin, les plats tout préparés si rapides, le gel douche si parfumé.

La liste est longue et nous en ignorons la plupart de ses éléments. Ils contiennent pourtant tous des toxiques, comme les perturbateurs endocriniens.

Ces perturbateurs endocriniens sont responsables d’une augmentation des cancers hormono-dépendants (sein, prostate, ovaires, testicules, thyroïde) comme de celle de l’obésité, du diabète, de certains troubles du comportement ou de maladies neuro-dégénératives (Parkinson).

Ils sont même impliqués dans la baisse du QI, dans l’augmentation de l’infertilité (masculine et féminine) ou dans une nouvelle maladie dentaire retrouvée chez des enfants contaminés dans le ventre de leur mère. A ces maladies environnementales, qui constituent une véritable crise sanitaire, la réponse est la santé environnementale.

Elle demande de s’attaquer sans concession aux causes de toutes ces maladies, et notamment à la sur-utilisation de la chimie et de l’objet jetable, polluant les sols, l’air, et l’eau jusqu’à nos mers.

Nous pouvons agir individuellement grâce à notre pouvoir d’achat : pas notre capacité financière à acheter, mais notre capacité citoyenne à choisir d’acheter ou non, à choisir ce que l’on achète.

Utiliser des produits d’entretien simples (vinaigre blanc, savon de Marseille, bicarbonate de soude), des produits d’hygiène ou cosmétiques bio, cuisiner à partir de produits bruts (et bio) pour savoir exactement ce que l’on mange, éliminer progressivement les objets en plastique dans sa maison (notamment sa cuisine) : c’est une démarche que chacun peut faire à son rythme.

Mais les actions individuelles ne sont pas suffisantes au vu de l’urgence : les choix des responsables politiques en faveur de notre santé sont déterminants. Car comment échapper à la pollution de l’air ou de l’eau sans lois protectrices pour les humains comme pour les écosystèmes ?

L’urgence est sanitaire mais elle est aussi pour notre système de protection sociale : l’explosion des maladies chroniques liées à l’environnement pèse lourdement sur notre Sécurité Sociale.

Supprimer ou affaiblir cette dernière pour alléger son impact sur les comptes de la nation ne rendra pas les gens moins malades : la conséquence sera que de moins en moins de gens pourront se faire soigner.

La solution n’est pas non plus de reporter toute la responsabilité de cette augmentation de dépenses de soin sur le comportement des patients (tabac, alcool, sédentarité) : cette responsabilité est réelle mais elle n’est pas unique. C’est une coresponsabilité avec tous les acteurs qui impactent notre santé (industrie, agriculture, transport, énergie, …).

Ce n’est pas plus en la reportant sur les médecins, sommés de faire des soins pertinents ou de qualité. Mais le soin de qualité, c’est le soin dont a besoin médicalement le malade ! Or il y a de plus en plus de maladies, de malades et de plus en plus jeunes. Mécaniquement, les dépenses de soins ne peuvent qu’augmenter. A moins de ne plus soigner tout le monde.

Contrôler les dépenses de soins en limitant leur accès est un objectif qui n’est pas acceptable sur le plan humain. Il est de loin préférable de diminuer le besoin de soins.

Ça tombe bien : ne pas être malade, c’est ce que chacun d’entre nous souhaite ! Car entre un cancer que l’on soigne et pas de cancer du tout, le choix est vite fait. La maladie n’impacte pas que les comptes de la Sécurité Sociale : elle impacte avant tout la vie du malade, ainsi que celle de son entourage, de son entreprise.

Ne pas être malade, c’est aussi s’attacher à sa qualité de vie et à celle de ceux que l’on aime.

Avec le changement climatique, la perte de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles, la crise sanitaire est le quatrième acte de la crise écologique, conséquence de l’activité humaine.

La santé environnementale est la réponse à la crise sanitaire.

 Mais elle pourrait être bien plus. Elle pourrait constituer le socle sur lequel construire un autre projet de société : celle qui s’interrogerait à chaque fois sur la compatibilité de tel modèle énergétique, agricole, ou de transport, avec la santé des humains et celles des écosystèmes.

L’espérance de vie a commencé à diminuer. Un couple sur 5 souffre d’infertilité. C’est donc la Vie elle-même qui est atteinte. Nous n’avons plus le temps d’attendre. Faisons avec ceux qui sont convaincus que la solution n’est pas dans la poursuite d’un modèle qui rend déjà notre présent délétère. Faisons avec ceux qui ont envie d’écrire une autre histoire, faite de solidarité parce que l’humain a besoin des autres, de courage parce que rien n’est joué d’avance et de dignité parce que son respect caractérise notre humanité.

DR NATHALIE FERRAND

Présidente de l’Association de la Santé Pour Tous (APST)

Membre du bureau national du Réseau Environnement Santé

Nathalie Ferrand
Nathalie FerrandChirurgien Dentiste
Présidente de l’Association de la Santé Pour Tous (APST) et Membre du bureau national du Réseau Environnement Santé.
2018-11-07T18:56:52+00:00 novembre 7th, 2018|Actualités, magazine mutualiste, Prevention santé, santé|